les naufragés de gueltraz

                           
 en ce jeudi de poésie
une légende de mer était souhaitée
 en bonne bretonne que je suis
je ne pouvais aller chercher ailleurs que dans ma région cette légende
les naufragés de Gueltraz
(ile saint Gildas)
LES NAUFRAGES DE GUELTRAZ (ILE SAINT-GILDAS)
____En face de Port-Blanc, sur la côte trégorroise, est un îlot fait de quelques masses de rochers et planté d'un bois de pin. On l'appelle Gueltraz. Il est habité par un fermier et sa famille qui vivent plus encore du goëmon qu'ils ramassent que des pommes de terre qu'ils récoltent.

____Leur meilleure aubaine, ce sont les épaves que la mer rejette quelquefois, car ces parages sont hérissés d'écueils.
Un matin, après une nuit de tempête, ils trouvèrent d'énormes madriers que les vagues avaient roulés sur le galet. Ils les eussent volontiers traînés jusqu'à la ferme mais leurs forces réunies n'auraient pas suffi à les remuer. Ils durent se contenter de faire bonne garde autour des pièces de bois ; ils avaient à craindre que la marée suivante ne les emportât.

____Ils restèrent là tout l'après-midi. La nuit tomba qu'ils y étaient encore. Pour se réchauffer, ils avaient allumé un grand feu sur la plage.
Tout à coup, ils sentirent passer sur eux un souffle glacial et leur feu s'éteignit brusquement.

____En même temps, dans l'ombre, ils virent venir à eux cinq matelots qui semblaient sortir de la mer, car leurs cirés étaient ruisselants. Chacun de ces matelots marchait courbé sous un faix de planches, de vieilles planches à demi pourries, qui dégouttaient pareillement et tous les cinq disaient en choeur d'une voix sépulcrale :
____- Il nous en manque !... Il nous en manque !...
Le fermier et ses gens prirent peur. Toutefois, son fils aîné qui avait navigué à l'Etat s'enhardit à demander :
____- Qu'est-ce qui vous manque, les garçons ?

____Mais il n'eut pas plutôt parlé qu'il tomba à la renverse, sans que personne l'eût touché, et des coups invisibles se mirent à pleuvoir dru comme grêle sur lui et sur ses compagnons. Ils se jetèrent tous la face contre terre en hurlant de douleur et d'épouvante... Ce n'est que longtemps après que les coups eurent cessé qu'ils se hasardèrent à se relever pour s'enfuir. Ils vinrent alors que la mer battait son plein et que les madriers flottaient déjà à quelque distance du rivage.
Quant aux cinq matelots, ils avaient disparu.

____Mais on entendait leurs voix qui chantaient en s'éloignant. Ce qu'ils chantaient et en quelle langue, on n'aurait su le dire, quoique le fils aîné du fermier prétendit que c'était de l'espagnol.
 

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